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Une table ronde au nom de l'intégration













Depuis quelques mois maintenant, l’AWIPH a une nouvelle administratrice générale en la personne d’Alice Baudine. Co-fondatrice du service social du Ministère de la région Wallonne, Alice Baudine a travaillé à l’AWEX et pendant douze ans, s’est investie dans le domaine des ressources humaines au sein de plusieurs services publics et cabinets ministériels. C’est ainsi qu’elle a été Directrice de la cellule stratégique Fonction publique fédérale.
Dans ses fonctions précédentes, Alice Baudine a collaboré au programme « diversité » et a ainsi approché le monde du handicap. Aujourd’hui, elle a repris les rennes de l’AWIPH et la collaboration avec le terrain est une de ses préoccupations. Elle veut en apprendre toujours plus sur les usagers de l’Agence et multiplie, dès lors, les rencontres.
En droite ligne de cet objectif, une table ronde sur l’intégration a été organisée le 24 octobre 2008 au sein des bâtiments de l’AWIPH à Charleroi. Des personnes concernées par le handicap à des titres divers ont été invitées pour parler d’elles, de leurs préoccupations et ces échanges ont permis de mieux se connaître et donc de bien se comprendre.
Le mot qui planait autour de cette rencontre était « l’inclusion » : Chacun a sa place dans notre société. On ne devrait pas se battre pour l’occuper. Le mot « inclusion » est extraordinaire car il est aussi le résultat de la bataille de beaucoup de personnes handicapées et de parents. Je veux que l’on parle d’inclusion à grande échelle et en tant qu’Administratrice générale de l’AWIPH, j’oeuvrerai pour que cette inclusion soit une réalité à travers toute la région wallonne confie Alice Baudine à ses invités.
Un premier tour de table, chacun se présente et décrit brièvement son parcours. Patricio Padula est responsable de la Cellule conditionnement à l’entreprise de travail adapté Jean Regniers : « Mon handicap ne m’a pas empêché de devenir responsable de la cellule. Il faut que j’aie 40 de fièvre pour ne pas aller travailler. Mais c’est vrai, il faut se battre et avoir de l’énergie à revendre. Je suis fier aujourd’hui d’avoir atteint mon but et de monter dans ma voiture tous les matins pour me rendre au travail !
Valérie Neven a été engagée à la Ville de Namur grâce à un contrat d’adaptation professionnelle et abonde dans le sens de Patricio : Il faut bien avouer que le handicap nous empêche de faire certaines choses et les aides de l’AWIPH sont là pour nous donner du souffle. Grâce au dynamisme de Valérie et au suivi assuré par Vincent Baudot, agent d’intégration professionnelle de l’AWIPH, tous les éléments sont réunis pour que les compétences de Valérie soient unanimement reconnues.
Corinne Lassoie vit seule avec ses deux filles. Son handicap est survenu suite à son deuxième accouchement qui l’a clouée dans une chaise roulante. Elle bénéficie du budget d’assistance personnelle, un projet expérimental en Wallonie qui vise à favoriser le maintien et l’accroissement de la qualité de vie des personnes handicapées ayant des limitations fonctionnelles importantes. Le BAP a également pour but de permettre aux familles d’avoir accès aux soutiens nécessaires pour pouvoir assumer leurs responsabilités envers leurs proches handicapés.
« Ce budget octroyé par l’AWIPH me permet de faire appel à des professionnels pour toute une série d’activités que je ne peux désormais plus faire seule comme me déplacer, par exemple. Sans le BAP, je ne serai pas là parmi vous. Toutefois, tout n’est pas encore parfait. Il n’existe pas assez de services auxquels je peux recourir et principalement durant la nuit. Je me suis battue contre mon exclusion et aujourd’hui, je me sens utile et libre de mes choix. Le BAP m’a permis de retrouver une vie sociale », nous confie Corinne Lassoie.
Jennifer Compère est très active dans le tissu associatif. Elle a un petit frère présentant un handicap mental « Syndrome X-fragile » et a créé un groupe de parole de "frères et sœurs" de personnes présentant un handicap mental.
« Souvent, nos parents s’inscrivent au sein d’une association de parents pour recevoir un soutien parce qu'ils doivent affronter les difficultés du handicap ... Mais les frères et sœurs ont aussi besoin d’être soutenus, d’être informés et de s’investir dans des actions tentant d’améliorer leur cadre de vie ».
Elle explique les problèmes importants que rencontrent les personnes ayant un handicap mental. « Le Budget d’assistance personnelle n’est pas la panacée, en tout cas pas pour les personnes handicapées mentales. Par ailleurs, l’évolution qu’ont suivie les entreprises de travail adapté depuis qu’on ne les appelle plus ‘’ateliers protégés’’ a négligé les personnes les moins autonomes qui n’ont plus dès lors de place dans la vie active et doivent se tourner vers des services d’accueil et des activités de type ’’occupationnel’’ ».
Bernadette Van Vlaanderen est maman d’un adulte autiste et impliquée dans le secteur associatif. Elle se fait la porte parole de parents d’enfants et d’adultes handicapés et nous livre ses impressions face au dialogue parfois difficile avec les services d’accueil et d’hébergement. « Mon fils est aujourd’hui un adulte, mais son handicap fait qu’on le suit de plus près qu’un enfant valide. Les parents n’ont pas toujours accès au dossier de leur enfant accueilli dans un service et je ne comprends pas ce refus de nous associer aux projets pédagogiques de nos enfants. La famille a besoin d’être impliquée dans les décisions prises au sein même de l’institution. On doit travailler ensemble, les éducateurs et la famille pour le bien-être de la personne handicapée. On a tous besoin les uns des autres ».
Henri Mégali, assistant social dans un service agréé, comprend mais insiste aussi sur le besoin de tout adulte de prendre un jour son envol. « Ce terme n’a bien évidemment pas la même signification pour tout le monde mais il est primordial que les personnes handicapées ne soient pas privées de ce désir et la mission des services d’accueil et d’hébergement est aussi de permettre à leurs usagers de se sentir libres et indépendants des volontés de papa et de maman. »
Bernadette Van Vlaanderen fait un vœu pour une meilleure collaboration entre le terrain et l’administration : « Quand on lance des projets, ce qui a la côte, c’est l’innovation. Toutefois, nous sommes confrontés aux limites de l’administration et on nous demande de faire entrer nos projets dans des cases ! Pour une meilleure intégration, il faudrait que cela change. »
« Voilà un des défis que je me suis lancée ! C’est vrai que certains projets sont à cheval sur plusieurs réglementations et je travaillerai à rendre ces projets pérennes » renchérit Alice Baudine.
Guillaume RECCA, membre d’un Conseil des usagers, nous expose le projet d’un de ses amis qui vit en service résidentiel pour adultes tout en voulant travailler. Cet exemple illustre à merveille le besoin de passerelles entre les secteurs. « On lui déconseille de sortir du centre car on ne peut pas lui promettre qu’il pourra y revenir si ça ne va pas dans l’entreprise. Il nous faut juste un filet, on ne demande pas un parachute doré ! Et puis, il y a une chose que je ne comprends pas. On nous a invités à une table ronde mais la table est rectangulaire… »
Voilà une réflexion qui a mis tout le monde d’accord !
Jean-Marie Huet est Président de l’Association belge contre les maladies neuromusculaires, il vit dans un logement d’aide à la vie journalière et est, en outre, membre du Conseil consultatif wallon des personnes handicapées. « Les textes légaux qui nous rappellent nos droits sont nombreux à tous les niveaux de pouvoir. Nous avons assez de textes, ce qu’il faut maintenant, c’est les faire appliquer ! Il faut que nous, personnes à mobilité réduite, puissions, au quotidien, exercer nos droits » s’exclame Jean-Marie Huet.
Tous ces échanges ont été d’une richesse incroyable et permettent de mesurer l’impact des actions de l’AWIPH sur ces hommes et ces femmes qui font l’intégration.
Après avoir remercié ses invités pour leur participation, Alice Baudine conclut : « L’AWIPH propose des interventions qui permettent l’intégration ; mais il est primordial que mon administration reste en permanence à l’écoute des gens qui vivent le handicap au quotidien. Pour assumer adéquatement ses missions, l’AWIPH doit sans cesse se remettre en question. » Grâce à cette table ronde sur l’intégration, un premier pas est franchi…


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